Les data centers s’imposent comme l’actif numérique phare du continent : capacité encore concentrée (Afrique du Sud, Nigeria, Kenya) mais investissements en forte accélération. Le Sénégal, porté par Dakar et ses câbles sous-marins, reste un hub émergent (capacité encore modeste, projets en cours) freiné par l’énergie et la fibre. L’équation offre–demande est tendue, d’où l’essor de services fournis depuis l’étranger ; les incitations publiques, la fiabilité électrique et les renouvelables seront décisives pour capter plus de valeur localement.
Le secteur des centres de données africains est en forte croissance, mais il reste embryonnaire par rapport aux besoins locaux. En 2024, le marché africain des data centers était estimé à ~3,5 milliards de dollars et devrait presque doubler d’ici 2030 [2].
Pourtant, le continent ne représente encore qu’un pourcent de la capacité mondiale : on ne compte que 86 centres de colocation dans 15 pays [7]. Ceux-ci sont très concentrés : l’Afrique du Sud domine avec 50 % des capacités (61 centres)[4], suivie du Nigeria (11 centres) et du Kenya (9), puis des hubs émergents en Égypte, Maroc ou Ghana [3][4].
La demande explose (services cloud, IoT, IA, fintech, etc.), mais l’offre peine à suivre. Des analystes évaluent qu’il faudrait construire quelque 700 nouveaux centres pour couvrir la demande actuelle [5][9]. Les principaux freins sont d’ordre infrastructurel : réseau fibre sous-développé et fiabilité électrique insuffisante dans de nombreux pays [5][9].
En pratique, beaucoup d’opérateurs africains s’appuient encore sur des infrastructures étrangères (câbles sous-marins vers l’Europe/les US, services cloud offshore). Néanmoins, les investissements internationaux augmentent : des hyperscalers comme AWS (zone locale à Lagos)[7], Google (région cloud à Johannesbourg depuis 2024) [8] ou Microsoft (projets au Kenya et au Maroc) portent progressivement de nouvelles capacités sur le continent.
Des politiques publiques (incitations fiscales, zones économiques, plans numériques nationaux) soutiennent aussi le développement. Toutefois, sauf pour quelques pays déjà mieux dotés (RSA, Nigeria, Kenya, Égypte, Maroc), les autres nations africaines restent en arrière, prisonnières de leurs contraintes d’énergie et d’infrastructures [5][9].

Chronologie des câbles sous-marins traversant le Sénégal entre 2000 et 2025
Entre 2010 et 2024, Dakar est passée d’un raccordement international à 2 systèmes (SAT-3/WASC, ATLANTIS-2) à 4 actifs (SAT-3/WASC, ACE, MainOne, SHARE), avec 2Africa déjà atterri fin 2023 (mise en service par étapes). En 2013, ACE a apporté plusieurs térabits/s (capacité initiale 5,12 Tb/s, design porté à ≈20 Tb/s) ; en 2019, MainOne a ouvert une nouvelle route redondante vers Dakar ; en 2022, SHARE (Dakar–Praia) a ajouté 16 Tb/s ; ATLANTIS-2 a été déconnecté en 2022 — d’où une résilience et une bande passante nettement accrues pour le Sénégal.

Snapshot en août 2025 de la couverture en câbles sous-marin interconnectant notre pays à l'Afrique et le reste du monde. submarinecablemap.com/country/senegal
Le Sénégal illustre bien ces dynamiques évoquées tantôt. Économiquement stable et doté d’un des marchés haut débit les plus mûrs d’Afrique subsaharienne [1], le pays mise sur le numérique pour l’avenir : son « Technology New Deal » (Agenda 2050) vise à porter le numérique à 15 % du PIB d’ici 2034 [1]. Dakar, grâce à ses câbles sous-marins (ACE, MainOne, SAT-3, SHARE, bientôt 2Africa), constitue une plaque tournante régionale vers l’Europe et les Amériques [5][6].
Malgré ce potentiel, la capacité locale reste modeste : tous les data centers sénégalais sont à Dakar (opérateurs historiques comme Onix, Sonatel, Diamniadio, Free) et l’offre en colocation totale est inférieure à 2 MW [5][6] [1]. Les projets commencent à émerger – par exemple Paix Data Centres construit un site de 1,2 MW à Dakar (ouverture prévue 2026) [6] – mais l’expansion se heurte aux mêmes verrous (puissance et fiabilité du réseau électrique) qu’ailleurs.
Le développement d’énergies renouvelables (parc éolien de Taïba) et les politiques publiques assouplies (zones actives, incitations) devraient progressivement accroître l’offre locale.
En l’état, le Sénégal se classe comme un marché émergent en Afrique de l’Ouest, encore en retrait derrière les leaders régionaux. Ses entreprises dépendent en grande partie des services cloud et de contenus hébergés hors d’Afrique (ou dans les data centers Sud-Africains/Européens), en attendant que l’infrastructure nationale se renforce.
Sources & références
- [1] Xalam Analytics, Data Center Market Briefing – Senegal (juillet 2025) -
- [2] ResearchAndMarkets via GlobeNewswire, “Africa Data Center Market Landscape 2025-2030” (avril 2025) -
- [3] Dinah Anggreani, “Africa’s Key Data Centre Markets” (DCByte, juin 2023) -
- [4] Brightlio, “215 Data Center Stats” (juin 2025) - ;
- [5] S. Carvalho (Angola Cables), “Data centers – Just one part of the African digital infrastructure investment equation” (DCD, juin 2024) -
- [6] DataCenterDynamics, “Paix Data Centres breaks ground on facility in Dakar, Senegal” (janv. 2025) -
- [7] TechCabal, “Could Amazon’s new data centre help Nigeria’s local startup scene?” (janv. 2023) -
- [8] CIO Africa Staff, “Google Cloud celebrates first cloud region in Africa” (mars 2025) -
- [9] Bracewell LLP, “Powering Africa’s Digital Future: The Challenge of Energy for Data Center Development” (avr. 2025)-