Illustration associée à l’analyse : Fake news : l’autre pandémie qui menace nos sociétés
Illustration associée à l’analyse : Fake news : l’autre pandémie qui menace nos sociétés

Les fausses nouvelles, autrefois marginales, sont devenues un phénomène mondial amplifié par les réseaux sociaux. Pour illustrer cette dérive, deux travaux scientifiques servent de repères : Olan et al. (2024), qui analyse la mécanique de propagation des infox en ligne, et Rocha et al. (2022), qui mesure leurs effets sanitaires pendant la pandémie. Ces recherches montrent combien la désinformation sape la confiance, alimente la peur et fragilise nos sociétés. Elles rappellent aussi l’urgence d’outils collectifs et individuels pour s’en protéger.

La désinformation (ou « fake news ») recouvre des contenus intentionnellement trompeurs diffusés sur Internet, à la différence de la mésinformation où l’erreur est involontaire. Ces faux récits imitent souvent le style des véritables informations pour mieux berner le public. Sur les réseaux sociaux, leur propagation est facilitée par des logiques virales : les algorithmes favorisent les contenus émotionnels et clivants, qui suscitent de fortes réactions (colère, peur, indignation). Les études montrent ainsi que des messages polarisants (ex. rumeurs politiques, conspirations sanitaires) se diffusent beaucoup plus rapidement que les informations factuelles, en partie parce qu’ils touchent des publics déjà acquis à certains idéaux.

Comment les fausses nouvelles se propagent‑elles ?

Le rôle des réseaux sociaux

Les plateformes comme Twitter, Facebook et Instagram sont conçues pour maximiser l’engagement : elles favorisent les contenus susceptibles d’être partagés et commentés, ce qui confère une forte visibilité aux messages qui provoquent l’étonnement, la colère ou l’indignation. Les algorithmes personnalisent les flux en fonction des préférences de l’utilisateur, renforçant ainsi les bulles de filtres et le biais de confirmation. Les auteurs de fausses nouvelles peuvent jouer de ces mécanismes pour cibler des communautés précises, créer des récits séduisants et renforcer la polarisation politique.

Des informations crédibles mais trompeuses

Ce qui rend les fausses nouvelles dangereuses, c’est qu’elles adoptent un ton professionnel et crédible. Un lectorat peu averti peine donc à distinguer une information vérifiée d’une infox. L’étude de Olan et al. (2024) rappelle que la confusion entre vraies et fausses informations est l’un des principaux freins à la lutte contre la désinformation. En outre, même si les réseaux sociaux investissent dans des outils de vérification, la mise en place de mécanismes de fact‑checking reste insuffisante et ne couvre pas toutes les langues ou tous les contextes culturels.

Impact sociétal : que nous apprennent les recherches ?

Enquête sur les utilisateurs de réseaux sociaux

L’étude menée par Olan et al. est basée sur un questionnaire distribué à 2 234 utilisateurs actifs des réseaux sociaux, dont 546 réponses (24 %) ont été retournées et 356 analysées. Elle explore l’interaction entre trois éléments : Fake news (FN), Réseaux sociaux (SM) et acceptation sociétale. Les chercheurs montrent que la simple présence de fausses nouvelles ou d’outils de réseau social ne suffit pas à en expliquer l’impact ; c’est la combinaison entre les contenus, les structures des plateformes et les valeurs sociétales qui détermine la propagation. Le tableau 2 de l’article (reproduit ci‑après sous forme de graphiques) détaille le profil des répondants.

Répartition des participants

La majorité des répondants sont des femmes (61,5 %) et la tranche d’âge la plus représentée est celle des 25–34 ans. Plus d’un quart utilisent les réseaux sociaux plus de cinq fois par jour, et 22,7 % ont 5 à 6 ans d’expérience sur ces plateformes. Les participants sont répartis sur l’ensemble des continents ; l’Amérique du Nord (29,4 %) et l’Europe (25,8 %) constituent les principaux pôles.

Répartition par sexe :

Illustration associée à l’analyse : Répartition par sexe
Illustration associée à l’analyse : Répartition par sexe

Répartition par âge :

Illustration associée à l’analyse : Répartition par âge
Illustration associée à l’analyse : Répartition par âge

Fréquence d’utilisation des réseaux sociaux :

Illustration associée à l’analyse : Fréquence d’utilisation des réseaux sociaux
Illustration associée à l’analyse : Fréquence d’utilisation des réseaux sociaux

Ancienneté sur les réseaux sociaux :

Illustration associée à l’analyse : Ancienneté sur les réseaux sociaux
Illustration associée à l’analyse : Ancienneté sur les réseaux sociaux

Répartition géographique :

Illustration associée à l’analyse : Répartition géographique
Illustration associée à l’analyse : Répartition géographique

Cette diversité d’origines et d’usages souligne que la désinformation est un phénomène global. L’étude révèle que, malgré les différences culturelles, les répondants éprouvent les mêmes difficultés à distinguer les vraies nouvelles des fausses et déclarent fréquemment partager des contenus pour « sensibiliser » leurs proches, contribuant ainsi involontairement à la propagation.

Importance de la vérification et du fact‑checking

L’analyse basée sur la théorie des ensembles flous montre que les relations isolées « Fake news » ou « Réseaux sociaux » sont insuffisantes pour comprendre la propagation ; il faut prendre en compte l’acceptation sociétale et les valeurs des utilisateurs. Lorsque les plateformes mettent en œuvre des outils de vérification efficaces, le trafic de fausses nouvelles est réduit et l’impact sociétal diminue. L’étude recommande aux réseaux sociaux de renforcer ces fonctionnalités et de mener des campagnes d’éducation à la vérification.

Impact sur la santé en contexte de pandémie

Le second article, une revue systématique de Rocha et al., se concentre sur les effets des fausses nouvelles liées à la COVID‑19. Parmi 1 644 publications examinées, 14 études réalisées dans 14 pays ont été retenues, couvrant au total 571 729 participants, 1 467 infox identifiées et 2 508 rapports. Les pays les plus représentés sont l’Espagne (4 études) et la Jordanie (2 études). La figure suivante illustre la répartition des études par pays :

Illustration associée à l’analyse : Impact sur la santé en contexte de pandémie
Illustration associée à l’analyse : Impact sur la santé en contexte de pandémie

Les auteurs observent que 36 % des études montrent que l’exposition aux fausses nouvelles génère de la peur, de l’anxiété, de la dépression ou du stress. Dans un contexte de panique, certains récits dangereux ont provoqué des comportements mortels : par exemple, l’ingestion de méthanol en Iran a entraîné la mort d’environ 800 personnes. D’autres travaux montrent que les personnes âgées partagent davantage d’informations non vérifiées et que 74,82 % d’entre elles évaluent négativement la diffusion de rumeurs. De plus, 28 % des études évoquent des attaques contre des professionnels de santé ou des personnes d’origine asiatique. Ces impacts sont résumés dans le graphique ci‑dessous :

Illustration associée à l’analyse : Impact sur la santé en contexte de pandémie
Illustration associée à l’analyse : Impact sur la santé en contexte de pandémie

Les auteurs soulignent que les plateformes et les gouvernements ont réagi : Facebook a par exemple ajouté une fonctionnalité prévenant les utilisateurs lorsqu’ils interagissent avec des contenus non vérifiés. Des campagnes de sensibilisation encouragent également les internautes à signaler les contenus douteux et à solliciter l’intervention des autorités.

Qualité méthodologique des études COVID‑19

La revue systématique évalue la qualité des études au moyen de deux grilles : l’échelle de Loney pour les enquêtes transversales et l’échelle de Newcastle–Ottawa (NOS) pour les études observationnelles. Les scores finaux montrent une qualité généralement élevée (6 à 8 sur 8), comme l’illustrent les graphiques suivants :

Scores de qualité des études transversales (Loney) :

Illustration associée à l’analyse : Scores de qualité des études transversales (Loney)
Illustration associée à l’analyse : Scores de qualité des études transversales (Loney)

Scores de qualité des études observationnelles (NOS) :

Illustration associée à l’analyse : Scores de qualité des études observationnelles (NOS)
Illustration associée à l’analyse : Scores de qualité des études observationnelles (NOS)

La revue distingue deux types de conception : six études transversales et huit études descriptives observationnelles. La répartition est visualisée ici :

Illustration associée à l’analyse : Scores de qualité des études observationnelles (NOS)
Illustration associée à l’analyse : Scores de qualité des études observationnelles (NOS)

Ces données montrent que les recherches sur la désinformation en santé s’appuient essentiellement sur des enquêtes descriptives. Les résultats convergent toutefois pour mettre en évidence des effets psychologiques et sociaux importants, en particulier chez les personnes âgées et les publics peu familiers des outils numériques.

Les États sont‑ils conscients du problème ?

Les articles soulignent que les fausses nouvelles représentent un risque pour la santé publique, la cohésion sociale et la confiance envers les institutions. La revue COVID‑19 note que les plateformes et les gouvernements ont commencé à mettre en place des stratégies pour limiter la désinformation, notamment des dispositifs de signalement et des algorithmes de suppression.

Au niveau international, plusieurs initiatives illustrent cette prise de conscience :

Organisation mondiale de la santé (OMS) : elle coordonne la réponse à l’« infodémie » et publie des guides pour repérer les rumeurs. Depuis 2020, l’OMS Afrique et ses partenaires (AIRA) mènent des campagnes de fact‑checking et de sensibilisation.

Nations unies : l’ONU a lancé en 2020 l’initiative Verified pour diffuser des informations fiables et lutter contre la désinformation en ligne.

Union européenne : le Code européen de bonnes pratiques contre la désinformation, renforcé en 2022, impose aux grandes plateformes des obligations accrues de transparence et de retrait des contenus trompeurs. Le Règlement sur les services numériques (DSA) de 2024 rend ces engagements juridiquement contraignants.

France et Sénégal : la France dispose depuis 2018 d’une loi contre la manipulation de l’information, complétée en 2024 par des actions de sensibilisation et une plateforme nationale de signalement (Pharos). Au Sénégal, des campagnes menées par le ministère de la communication et des associations de fact‑checking (comme Africa Check) visent à former les citoyens à la vérification de l’information.

Comment se protéger et reconnaître la bonne information ?

Pour ne pas devenir victime de la désinformation, il est essentiel d’adopter une attitude critique et de développer des compétences de littératie numérique. Voici quelques gestes clés :

Vérifier la source : consulter l’URL, rechercher l’auteur, repérer l’éditeur et privilégier les médias reconnus. Méfiez‑vous des sites imitant l’apparence des médias officiels ou dont l’extension de domaine semble douteuse.

Comparer plusieurs sources : croiser l’information avec d’autres articles, vérifier si elle est reprise par des agences de presse ou des institutions fiables (OMS, autorités de santé, universités).

Lire au‑delà du titre : les titres sensationnalistes sont parfois trompeurs. Lisez l’intégralité de l’article, repérez les citations et vérifiez les chiffres.

Vérifier la date et le contexte : certaines infox réapparaissent des années plus tard. Un article daté d’il y a plusieurs années peut être hors contexte.

Utiliser des outils de fact‑checking : des organisations comme Africa Check, Les Décodeurs, AFP Factuel ou publient des vérifications de rumeurs. Les plateformes elles‑mêmes proposent parfois un bouton « En savoir plus » ou indiquent que le contenu est controversé.

Analyser les images et les vidéos : les faux contenus visuels sont fréquents. Les moteurs inversés (Google Images, TinEye) permettent de vérifier l’origine d’une image. Méfiez‑vous des montages et des vidéos sorties de leur contexte.

Être attentif aux émotions : les infox exploitent des émotions fortes. Une information qui choque ou qui provoque immédiatement un désir de partage doit être vérifiée avant diffusion.

Ne pas partager par réflexe : si vous n’êtes pas certain de l’exactitude d’une information, ne la diffusez pas. Signalez les contenus trompeurs aux plateformes via les outils dédiés (ex. : Pharos en France).

Se former à la littératie numérique : suivre des cours, lire des guides ou participer à des ateliers permet de mieux comprendre les mécanismes des réseaux sociaux et d’apprendre à détecter les biais (par exemple, confirmation ou auto‑renforcement).

Sources & références

  1. Lutter contre les fake news |
  2. [2] Olan, F., Ogedengbe, F. E., & Ojo, A. (2024). Fake news on social media: The impact on society. Information Systems Frontiers. Springer.
  3. [3]Rocha, Y. M., de Moura, G. A., Desidério, G. A., de Oliveira, C. H., Lourenço, F. D., & Nicolete, L. D. de F. (2022). The impact of fake news on social media and its influence on health during the COVID-19 pandemic: A systematic review. Journal of Public Health: From Theory to Practice, 31, 1007–1016.